Article issue de la lettre de l’Union Fédérale des Retraité.es des services publics :
Qui se déchaine en fait contre lui ? Il suffit de parcourir la presse pour savoir d’où partent les
coups : les think tanks libéraux, le gouverneur de la banque de France, le MEDEF, le groupe
de presse Bolloré et tous les médias aux mains de milliardaires, ensuite toute la droite ultrali-
bérale qui ne supporte pas un système créé pour accompagner les solidarités. La CGT affirme
que la capitalisation n’est pas la solution pour résoudre les problèmes des retraites.
Régulièrement, le patronat et ses vassaux des gouvernements qui se succèdent relancent le débat en vue d’instaurer une part de capitalisation dans le système des retraites. À l’approche des élections présidentielles, leurs affirmations fallacieuses fusent, mais nous ne pouvons les laisser sans nos réactions.
• Ils avivent la flambée des coûts liés à la retraite, pourtant la part du PIB consacrée à la protection sociale diminue régulièrement.
• Ils creusent le déficit budgétaire des comptes publics, alors qu’il suffirait, entre autres, de supprimer les exonérations sociales et fiscales des entreprises et des milliardaires pour le maîtriser. Dans les années 80, l’impôt sur les sociétés était de 50 %, 25 % aujourd’hui, les investisseurs le souhaitent à 15 % !
• Ils créent l’impossibilité pour le pays de résorber le chômage en dédouanant le patronat qui panique dès que le taux de privé·es d’emploi est trop faible, car cela accentue la pression sur les salaires et en ne précisant pas que ce sont les employeurs qui décident des délocalisations et de l’introduction des technologies nouvelles en entreprise pour remplacer la main d’œuvre.
• Ils plombent la compétitivité industrielle et économique, mais qu’en est-il de l’économie mondialisée et des accords commerciaux, des investissements massifs dans les paradis fiscaux, des taux de prélèvements exorbitants sur les profits au bénéfice des actionnaires, etc. ?
Tout est bon pour charger la mule, surtout les mensonges les plus grossiers pour cacher l’écrasante responsabilité des politiques libérales du grand capital et de leurs sous-fifres aux commandes politiques.
Des arguments encore plus culotés sont même avancés tels que «le système par répartition serait responsable du manque de possibilités d’épargner pour les ménages les plus modestes». C’est quand même gonflé de prétendre que soustraire une cotisation supplémentaire obligatoire par capitalisation les aiderait à épargner. Quel cynisme !
En fait, la capitalisation des retraites serait surtout la poule aux œufs d’or pour le capitalisme sauvage.
Imaginez une cotisation obligatoire durant toute votre carrière d’une durée d’environ 43 ans, un taux de
rendement calculé pour que l’équilibre comptable soit basé sur une espérance de vie de 25 ans après 62 ans, impossible à débloquer en cas de soucis de la vie…
Cela devient à terme une mine d’euros qui atteindrait vite des centaines, voire milliers de milliards investis dans tous les supports financiers et principalement en Bourse et sur des supports de placements non-côtés et exempts des mêmes contrôles. Une autoroute ouverte aux transactions financières, à la spéculation, au commerce mondial, à l’investissement des entreprises soumis à l’impôt du pays de l’investissement (5 années sans que Total ne paie d’impôts en France). Le taux de cotisation serait pour le patronat d’environ 1 % à sa mise en place et identique pour le·la salarié·e. Cela est très loin du concept de salaire différé basé sur un prélèvement sur la richesse créée et dont la part dite « employeur » est beaucoup plus élevée. Une aubaine pour le patronat qui va faire payer la retraite par les salarié·es. Le risque réel, qu’il soit démographique, économique ou politique, est porté par les seul·es salarié·es. L’argent prélevé serait bloqué dans un système par point sur un compte individuel. L’État n’y fera aucune contribution ni garantie et sonnerait la fin de l’État providence. Le patronat se lavera les mains du sort individuel de ces comptes.
La capitalisation introduirait une dimension temporelle dans le financement des retraites pour environ
10 % du montant des pensions en rythme de croisière. Elle redimensionnerait l’enjeu des retraites de manière à irriguer l’ensemble du tissu économique. Il n’y aurait plus de majoration de taxes, impôts ou autres contributions imposées aux entreprises. L’environnement sécurisé qu’elles souhaitent serait atteint. Bien sûr, il ne peut être mis sous le tapis que la transition sera douloureuse pour les salarié·es puisqu’il sera question d’une surcotisation pour toute une génération. Le patronat, le gouvernement et les syndicats réformistes complices trouveront les explications anesthésiantes pour vous faire avaler la pilule.
Nous ne croyons pas, comme les libéraux l’affirment, que cette capitalisation aura un taux de rendement supérieur à celui de la répartition, car les nombreux aléas vécus (crise du pétrole, des subprimes, de l’immobilier, de l’éclatement des bulles spéculatives, guerre d’Ukraine, du Moyen-Orient, le Covid, l’Hantavirus…) nous prouvent le contraire.
Ces experts autoproclamés nous bercent d’illusions en pariant sur des lendemains euphoriques. D’ailleurs, combien de retraité·es américain·es sont si pauvres qu’ils·elles doivent travailler jusqu’à la mort ? La recherche du profit et de la rentabilité crée le désordre, l’instabilité, parfois le chaos.
La capitalisation n’a pas ou peu de solidarité en compte individuel, si ce n’est un dispositif de réversion. Elle ne peut être un dispositif de redistribution sociétale. Si la performance économique marche, elle gonflera un peu votre rente, mais surtout les profits des actionnaires. Dans le cas
contraire, les retraité·es et futur·es retraité·es solderont l’ardoise. Eh oui ! Les riches engrangent les bénéfices et les plus modestes paient les déficits, quel monde capitaliste parfait !
Nous savons que le gouvernement n’acceptera jamais une vraie gouvernance paritaire qui l’empêcherait
d’imposer ses priorités d’investissements en fonction de ses choix politiques. Il multiplie d’ailleurs les nominations de personnalités qualifiées dans les différents conseils d’administration pour peser en ce sens. Nous ne pourrons faire confiance aux belles promesses.
Qui peut croire que les milliards investis permettront de lutter contre la domination énergétique et technologique des États-Unis et de la Chine ? Aucun fonds de pension n’investit que dans son seul pays, d’ailleurs les investisseurs français n’auraient pas la taille de tels investissements.
La capitalisation est le refus de partager la richesse, vous cotisez pour vous.
Un système basé sur 2 principes : l’individualisme et l’égoïsme qui sont les 2 mamelles du capitalisme.
Non, il n’est pas possible d’accepter la capitalisation !
Non, il n’est pas possible d’envisager notre capitulation !
Didier Louvet
