PERTE DE SENS AU TRAVAIL L’impact de la dégradation du service public

article issue de la revue service public magazine n°140 :

La perte de sens au travail qui menace un grand nombre d’agent·es de la fonction publique territoriale, avec des effets sur leur santé, est causée par des choix politiques qui impliquent une dégradation intentionnelle du service public. Au cœur des réorganisations, le déploiement de l’intelligence artificielle sans concertation peut s’avérer néfaste. D’autres choix politiques pèsent aussi sur la dégradation du service public, comme on peut le voir dans les mairies dirigées par le Rassemblement national. La CGT trace des lignes rouges.

L’intelligence artificielle est d’ores et déjà largement utilisée dans nos administrations
: expérimentations en cours, logiciels du quotidien, etc. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse et l’ampleur de son déploiement, avec des chartes qui responsabilisent davantage les utilisateurs que les décideurs, sans consultation véritable des instances de représentation du personnel.

Au niveau national, la Direction générale de l’administration de la fonction publique (DGAFP) a créé un groupe de travail dédié à l’intelligence artificielle afin d’accompagner son déploiement dans la fonction publique, l’enjeu étant de « structurer un cadre d’utilisation maîtrisé, éthique et sécurisé ». Ce groupe de travail réunit les employeurs publics et les organisations syndicales représentatives, associant experts, institutions et acteurs de terrain, avec un calendrier de réunions régulières jusqu’en juin 2026.

Parallèlement, en avril 2026, le ministre de l’Action et des Comptes publics a proposé l’ouverture en urgence d’une négociation portant sur l’usage de l’intelligence artificielle dans les administrations publiques en vue d’élaborer un accord-cadre. Celui-ci aurait vocation à définir des principes communs pour le déploiement et l’usage de l’IA dans les administrations publiques. Il viserait également à doter les employeurs publics et les agent·es d’une méthode partagée pour anticiper, accompagner et suivre les transformations induites par ces technologies, notamment en ce qui concerne « les métiers, les compétences, les organisations de travail et la qualité du service rendu », selon son vocabulaire « managérial ».

La question centrale pour la CGT est donc : qu’est-ce que l’IA fait au travail ?

L’IA générative produit du texte, des images ou du code à partir de masses de données. Elle ne comprend pas, elle prédit. Elle peut donc se tromper, inventer, reproduire des biais. Avec l’IA dite agentique, une nouvelle étape est franchie : ces systèmes peuvent planifier, enchaîner des tâches et interagir avec d’autres outils. Ce n’est plus seulement un outil d’assistance, c’est un dispositif qui commence à structurer l’activité elle-même. Et pendant que certains évoquent déjà l’horizon d’une intelligence artificielle générale (AGI) totalement autonome en 2030, la vraie transformation est déjà là : le travail humain est en train d’être réorganisé autour de ces technologies.

Cela touche un des principes fondamentaux de prévention inscrits dans le Code du travail : adapter le travail à l’homme, et non l’homme à la machine. Or, les intentions actuelles poussent surtout les agent·es à s’adapter aux outils.

Avec l’IA, le risque est même de basculer vers du management algorithmique : des systèmes qui mesurent l’activité, priorisent les tâches et orientent les décisions. Si l’on ne débat pas de la finalité, de l’organisation du travail et des droits collectifs, l’adaptation devient simplement l’acceptation d’une transformation déjà décidée ailleurs.

Depuis les premières discussions avec la DGAFP, la CGT porte une ligne constante : l’IA engage une transformation anthropologique du travail. Elle peut réduire certaines tâches pénibles, mais aussi devenir un levier d’intensification, de normalisation et de contrôle.

C’est donc bien un sujet de travail, de santé, d’emploi et de démocratie sociale.

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