Le collectif travail social en lutte alerte et s’indigne à la suite du décès d’un adolescent de 15 ans, Elidjah, tué par balle jeudi 14 mai au soir dans le quartier du Port Boyer à Nantes. Sa mort tragique et inacceptable se heurte à la violence d’un appareil politique répressif et totalement hermétique aux réels besoins des quartiers dits politiques de la ville.
Pour rappel, voici quelques chiffres de l’observatoire des inégalités :
– Vingt quartiers prioritaires de la politique de la ville affichent des taux de pauvreté supérieurs à 63 % selon les données 2021 de l’Insee. Ces taux sont entre quatre et cinq fois plus élevés que la moyenne nationale (15 %). Ils font apparaître une concentration importante de la pauvreté dans certains territoires. Le quartier du Sillon de Bretagne à Nantes fait notamment partie des 20 quartiers les plus pauvres de France.
– Les moins de 25 ans représentent près de 40 % de la population des quartiers prioritaires (donnée Insee 2020), soit un tiers de plus que la moyenne nationale (29 %) et sont également les plus touchés par la pauvreté.
– Quant aux familles monoparentales, elles constituent un tiers des ménages des quartiers de la politique de la ville, soit trois fois plus que la moyenne nationale.
Ces nombreuses inégalités sont entretenues par des dynamiques aberrantes de réductions budgétaires qui ciblent les organismes sociaux et leurs bénéficiaires.
Le démantèlement des services publiques et de leurs sites locaux en est un enjeu primordial et particulièrement inquiétant. Le manque massif de financements dans les accompagnements de proximité, (notamment au sein des centres médico-psychologiques, des services de soutien direct aux habitants tels que la prévention spécialisée ou encore des espaces départementaux des solidarités), constitue un véritable obstacle au développement d’une vie sociale, professionnelle et familiale dans certains quartiers où les difficultés se font grandissantes.
L’abandon du tissu associatif et des réseaux d’éducation populaire sont également des exemples patents de l’inaction du gouvernement et de ses politiques publiques. La disparition progressive des maisons d’habitant·es au profit de maisons de quartiers structurées autour d’une seule méga association (succursale de la Mairie de Nantes et du PS, l’Accoord, pour ne pas la citer), témoigne d’un réel décalage avec les besoins des habitant·es et représente une problématique centrale malgré l’engagement des professionnel·les. L’assise de la municipalité sur les dynamiques de quartiers ne permet plus la facilitation des initiatives portées par les habitant.es des quartiers populaires.
De manière plus globale, nous incriminons directement la politique de délaissement de la question associative de la part du gouvernement. La majorité des associations du secteur social et médico-social sont devenues des structures tentaculaires au détriment de la qualité de l’accompagnement des personnes et du bien-être des travailleur·euses. La situation est grave et tend à s’empirer. Le gouvernement, dans sa logique néolibérale continue d’attaquer les plus démuni·es en détruisant l’action sociale et en privilégiant la répression face à l’éducatif et au travail du lien.
L’éducation nationale, sans cesse attaquée, ne fait pas exception aux logiques économiques délétères portées par l’Etat. À la rentrée de septembre 2026, ce sont 1 891 postes d’enseignant·es dans le premier degré qui pourraient être supprimés, et 1365 dans le second. Les quartiers populaires en sont les premières victimes et les enfants qui y sont scolarisé·es pâtissent quotidiennement d’inégalités grandissantes. Le modèle républicain d’égalité des chances individualise sans cesse les victimes et favorise des dynamiques de méritocratie au profit des dominants. Les écarts observables dans le monde scolaire se transposent au monde social et maintiennent les élites en place. Les enfants devenus adultes conservent les échecs vécus à l’école et les inégalités ont un effet sur leur capital social, culturel et économique.
Le racisme systémique de la police cible ces mêmes quartiers et leurs habitant·es de manière quotidienne et quasi systématique.
Par ailleurs, la gentrification, par la déstructuration des système économiques de quartiers (suppression des cafés, des lieux de rencontre et de vie en collectivité…), renforce le sentiment d’isolement et de mépris vécu par les habitant·es. En effet, la ville de Nantes dans sa politique, envisage les quartiers populaires comme des lieux de passage et non des lieux de vie, créant ainsi des environnements hostiles au bien vivre ensemble. Le quartier de Malakoff à Nantes par exemple, ne dispose de presque aucun lieu de rassemblement, ni de mobilier urbain permettant les échanges et les rencontres. De plus, la forte augmentation des prix des commerces alentours due à la dynamique de gentrification ne permet pas aux habitant·es de bénéficier d’une vie de quartier. Enfin, l’augmentation des prix des logements HLM est un énième obstacle pour les plus démuni·es qui se retrouvent plongés dans un quotidien cantonné à la survie.
De nombreux·ses jeunes témoignent de leur impossibilité à trouver du travail et par conséquent de subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles. Les difficultés grandissantes liées à la régularisation concernant des jeunes pourtant nés en France de parents étrangers précarisent ces populations. Ces dernières se trouvent alors particulièrement exposées à des réseaux d’emprise et au trafic qui se saisit du délaissement ambiant.
La misère reste le terreau le plus fertile de la violence. Il nous apparaît essentiel et urgent de la combattre par la solidarité et le renforcement des services publics ainsi que du milieu associatif. Les acteur·ices sociaux·ales n’ont pas le pouvoir d’assumer seul·es ces responsabilités.
Le constat est clair : les populations des quartiers populaires sont abandonnées par l’Etat et ses représentants, et les politiques publiques aggravent souvent les inégalités au lieu de les réduire.
Pour toutes ces raisons, nous appelons le gouvernement et les pouvoirs locaux à prendre leurs responsabilités et à mettre en place des solutions concrètes dans un continuum de solidarité et de justice sociale.
Nous exigeons :
- La réforme de l’institution policière, ainsi que le désarmement de ses agents
- L’augmentation des moyens pour les associations
- L’augmentation des budgets des services publics et le retour des permanences physiques des différentes institutions au cœur des quartiers
- Le renforcement des services de prévention spécialisée via l’augmentation du nombre de postes et des salaires
- L’augmentation des moyens alloués aux Espaces Départementaux des Solidarités
- La baisse conséquente ainsi que le gel des loyers des logements sociaux, adaptée aux revenus réels des ménages
- La réquisition systématique des logements vides
- La facilitation de la mobilité des personnes au sein des quartiers populaires pour lutter contre les phénomènes d’isolement
- L’engagement réel des pouvoirs locaux dans le soutien des initiatives locales portées par les habitant·es des quartiers populaires, par la création d’un fond dédié et autogéré par les habitant.es.
- La mise en place d’une consultation soutenue et régulière des habitant.es des quartiers populaires
LE SOCIAL SE BAT POUR TOUT LE MONDE, TOUT LE MONDE SE BAT POUR LE SOCIAL !
